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I
Moraines et dynamique glaciaire
A
louest du plan de lAiguille et de la station intermédiaire
du téléphérique de lAiguille du
Midi, le glacier des Bossons marque linterruption du
grand épaulement des Aiguilles et lapparition
dun nouveau type de glacier : les longs glaciers
de versant du Mont-Blanc. Avec son voisin Taconnaz, le glacier
des Bossons constitue lélément principal
de la toile de fond glaciaire du site chamoniard.
" Bossons "
est la transcription en patois du français " buissons ",
allusion sans doute au fait que le glacier des Bossons, issu
de la calotte glaciaire sommitale du Mont-Blanc, descendait,
au XVIIIème et au XIXème
siècle tout comme de nos jours, en une vertigineuse
chute de glace jusque dans la zone buissonneuse de la vallée,
végétation aujourdhui remplacée
par une dense forêt de conifères et de feuillus.
En effet, au début du XIXème siècle,
le glacier descendait jusquau niveau actuel de lAutoroute
Blanche, remplissant pleinement les vallums morainiques latéraux.
Le glacier entraîne avec lui des débris rocheux :
les moraines ; sur les deux bords, deux traînées
superficielles appelées moraines latérales
peuvent atteindre 200 mètres de haut.
Nous avons
également pu constater, grâce à une marque
peinte par Henri ROUGIER et Paul VEYRET en 1978, le recul
du glacier des Bossons. Ce phénomène est perceptible
sur la photo ci-dessous.

La
section de bourrelet morainique de rive droite représentée
ci-dessus date du début du siècle,
mais on peut voir combien les versants de la moraine ont évolué
entre 1979 et 1999.

En
effet, par la pression et le frottement quils exercent
et que renforcent les moraines transportées, les glaciers
sont de puissants agents dérosion. La glace polit
les roches et les façonne en de petits dômes
arrondis ou roches moutonnées ; les cailloux anguleux
strient les parois de la vallée et portent eux-mêmes
des stries. Dans notre cas de nouvelles formes sont apparues
sur les versants morainiques recouverts par un tapis déboulis.
Cest
sur cette impressionnante chute de glace que furent effectuées
les premières mesures de vitesse des glaciers alpins.
Ce sont les terribles accidents enregistrés lors des
premières ascensions du Mont-Blanc qui ont permis initialement
de chiffrer approximativement la vitesse de la glace. En 1820,
trois guides de la caravane du Docteur Hamel tombaient au-dessus
des Rochers Rouges. Quarante et un ans plus tard, on retrouvait,
au bas du glacier, leurs corps relativement bien conservés.
De même, les restes du capitaine Arkwright et de trois
membres de son expédition morts sur le Grand Plateau
en 1866 étaient retrouvés 31 ans plus tard sur
le front du glacier. Le corps du capitaine Arkwright fut reconnu
à sa barbe rousse. Lors des deux catastrophes, la progression
des corps sest faite à la vitesse de 200 mètres
par an, ce qui constitue une moyenne élevée
pour un glacier alpin.
Lors
de notre expédition sur le terrain, il nous a été
possible de retrouver des restes de plusieurs avions. En effet,
le 3 novembre 1950, le " Constellation "
Malabar Princess de la compagnie Air India sécrase
à quelques mètres du sommet du Mont-Blanc faisant
48 victimes. Une rumeur se répand à Chamonix :
lavion transportait un trésor en lingots dor
et bijoux. Seize ans plus tard, un Boeing de la même
compagnie connaît un sort identique au même endroit,
provoquant la mort de 117 passagers. Aujourdhui, ces
affaires seraient oubliées si au front des glaciers
ne resurgissaient pas des corps et des débris des avions.
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