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1. Mémorisation
des épisodes précédant les inondations du 24 juillet
Lété
1996 fait suite à un hiver peu neigeux ce qui a pour conséquence
que, jusquà une altitude plus élevée que la normale,
lon ne trouve en ce début de saison que quelques plaques de neige,
là où au contraire la couverture est habituellement presque continue.
La chaleur qui a régné durant toute la première quinzaine
du mois de juin a fait fondre la quasi-totalité de la neige et surtout,
on constate quà fin juin, les glaciers sont dans létat
où on les trouve généralement au début du mois daoût.
En un mot, comme lon dit, la saison est en avance. Il nempêche
quau commencement du mois de juillet, une semaine de précipitations
soutenues ramène la limite pluie/neige à 1700 mètres daltitude
(le 8) mais le redoux accompagné de nouvelles averses efface en peu de
temps ce saupoudrage. Du 13 au 22 juillet inclus se situe la plus belle décade
de tout lété : cest le grand beau temps accompagné
dune forte chaleur. Avec 29,2° à lombre, le lundi 22 juillet
marque le record de lété aux Praz-de-Chamonix.
A ce bref rappel
climatique, on se doit dajouter trois faits qui concernent particulièrement
la haute vallée de lArve.
Depuis
les premiers jours du mois de juin, les deux captages sous-glaciaires,
alimentant à partir des glaciers dArgentière
et du Tour le retenue d Emosson, ne fonctionnent
plus. Ils sont obstrués par une surcharge dalluvions
sous-glaciaires et cela oblige lEDF à rejeter
dans lArve par le Bisme (émissaire du glacier
du Tour) et lArveyron d Argentière
environ 12 m 3 /s deau. Il sensuit un
gonflement du débit de lArve mais en cette période
de lannée celle de la fonte des neiges-
ce surplus ne se remarque pas, ou peu, et en tout état
de cause ne crée aucun risque.
Durant
lhiver 1995/1996, du fait du faible enneigement, les
avalanches ont été peu nombreuses et réduites
en volumes. Mais les dommages causés par celles de
lhiver1994/1995 sont encore très visibles au
niveau des couloirs et des berges des cours deau par
lencombrement formé par des branches, troncs,
souches déracinés et autres objets. Il faut
se souvenir que lhiver 1994/1995 a été,
au Pays du Mont-Blanc, le deuxième hiver le plus neigeux
(après celui de 1970/1971, depuis que lon tient
des statistiques. Pour mémoire, en février 1995,
la couche de neige a dépassé 2 mètres
dans la plaine des Praz et a frôlé 8 mètres
dépaisseur à guère plus de 2000
mètres au Lac des Chéserys. Ces détritus
de toute sorte (aucun nettoyage nayant été
fait) sont une proie facile pour une lame deau torrentielle
de grand débit.
Dans
la nuit du 14 au 15 juillet 1996, à 2:45 du matin,
la vallée de Chamonix et le massif du Mont-Blanc ont
été affecté par une secousse tellurique,
de magnitude 5,2 sur léchelle de Richter, dont
lépicentre a été localisé
à Poisy près dAnnecy. Tout laisse supposer
quen certaines zones fragiles, les fronts des glaciers
ont été passablement ébranlés
en profondeur, au contact glace/substratum et particulièrement
au niveau des verrous là où la glace est moins
épaisse. Cette déstabilisation a pu créer
ou agrandir des poches deau intra- ou sous-glaciaires.
En
définitive, juste avant que ne se produise la catastrophe,
on a une prédisposition inhabituelle à un fort
coefficient découlement tant sur les glaciers
bien lessivés que sue les versants libres de neige
jusque très haut. Sajoutent à cela une
relative fragilisation des langues glaciaires dans leur partie
aval, un écoulement supplémentaire de 12m3/s
dans lArve et un risque dembâcle causé
par les détritus encombrants les couloirs davalanches
et les berges ou lits majeurs des torrents.
Une
situation météorologique qui, dordinaire,
aurait pu navoir que des conséquences classiques,
va se charger de créer un événement exceptionnellement
grave.
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