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L'EFFONDREMENT
DU PILIER OCCIDENTAL DES DRUS (18.09.1997)

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3. L’explication géomorphologique

Dans le style qui leur est propre, les médias se sont immédiatement chargés de relater récits faits "à chaud". Plus intéressant nous paraît de fournir à ce stade l’explication des faits, celle de la réplique du 28 septembre avant de conclure par une prudente perspective d’avenir.

Géomorphologiquement parlant, il faut bien reconnaître que l’effondrement survenu aux Drus n’a rien de surprenant. Il s’inscrit dans la logique la plus pure de l’évolution morphodynamique de la haute montagne cristalline des latitudes tempérées. Le 21 août 1995 à 21:06 nous avons été témoin d’un effondrement (de moindre ampleur certes), en bien des points analogue, sur le versant ouest de l’aiguille de Blaitière : personne n’en a parlé ! Ce qui s’est passé aux drus n’est que l’enchaînement banal d’un processus élémentaire lié aux effets des alternances gel-dégel sur un matériau rocheux prédisposé à l’éclatement par sa texture et sa structure et les éléments d’érosion engendrée par la cryoclastie. Ce qui est moins anodin, disons-le clairement, c’est que cela se soit passé aux Drus, site mythique de l’alpinisme chamoniard. Hors des masses habituelles aussi, la masse effondrée : on a tellement avancé de chiffres contradictoires que nous ne nous hasarderons pas à quantifier le volume éboulé. Mais pour qui connaît l’intense fracturation du pilier et surtout la verticalité de l’édifice, ce n’est pas une surprise de voir un morceau s’effondrer par pans entiers comme si l’on avait asséné un gigantesque coup de serpe. Au niveau du décrochement principal, que le toit de l’encoche est plus de 5 mètres d’avancée est certes considérable ; il n’y a la rien d’autres que le reflet de diaclases subhorizontales qui vont certainement bien plus loin à l’intérieur du pilier rocheux. L’accentuation du froid en cette nuit de septembre n’est, si l’on peut dire, que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La roche a craqué sous l’effet d’un gel plus intense et à l’intérieur des fissures, prolongé.

Qu’il y est eu une "réplique" considérable dix jours plus tard n’est, également, rien que de très normal : à partir du moment où le flan de la montagne est déstabilisé, où un gigantesque appel au vide se crée, il faut bien d’autres séquences avant que la paroi ne retrouve un profil d’équilibre. Sans aucun doute, on en est encore bien loin…

Vu de face, avec sa plaie béante gris clair taillée dans la protogine toute fraîche, le pilier occidental des Drus à littéralement changé d’aspect en l’espace d’une nuit, que certains ont qualifié d’apocalyptique. Une grande trace grise marque l’ensemble de la masse effondrée. Oserait-on dire que le pilier a subi une cure d’amaigrissement ?

Mais vu de profil, le résultat de l’effondrement est d’avantages saisissant : alors qu’en dessous de la niche principale de l’arrachement s’observe parfaitement qu’une "tranche" a disparu, on remarque sur à peu près deux cents mètres au-dessus une grosse marque en porte-à-faux, authentique "ventre embrioché" de la paroi. C’est là que réside l’inquiétude pour les grimpeurs, et ce que sera l’avenir dans l’évolution du pilier pour les géomorphologues…

Ce qui est clair, c’est que l’effondrement qui s ‘est produit en septembre 1997 n’est pas terminé. D’autres parties du pilier sont en équilibre instable, donc prêtes à se détacher. Cela d’autant plus que l’appel au vide sur une paroi d’une telle verticalité est très grand. Nul ne peut prédire de la suite exacte des évènements, mais l’examen approfondi du secteur en surplomb montre un lacis de fissures de belle taille. Cela laisse supposer qu’à une échéance assez brève, le pilier occidental des Drus, en marche vers un nouveau profil d’équilibre, va encore faire parler de lui. Et déjà, en un peu plus d’un an, d’autres effondrements se sont produits. Le toit de l’encoche principale a partiellement cédé, une grosse plaque s’est détachée au-dessus. La montagne est un milieu vivant ; ce n’est pas le monolithe des Drus qui niera l’affirmation.

Henri Rougier
novembre 1998

 
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