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1. Les Drus,
une aiguille à part dans le massif du Mont-Blanc
Les
Drus que lon associe géographiquement à lAiguille Verte,
sont particulièrement représentatifs, dans lamande granitoïde
du Mont-Blanc, du monde des "aiguilles". A cet égard, malgré
la coupure profonde crée par le débouché de la Mer de Glace
dans la vallée supérieure de lArve, on observe facilement
que le groupe Drus Aiguille Verte est la continuation vers lEst des
"Aiguilles de Chamonix". Cela étant, chaque sous-ensemble sindividualise
très radicalement, sous le double effet des variations de la géologie
et de la structure et des incidences de lérosion par divers processus.
De même quaucun glacier ne ressemble à un autre, aucune aiguille,
dent ou pointe ne saurait avoir de sosie. La très forte personnalité
qui caractérise le pilier occidental des Drus révèle bien
un atypisme indéniable. Car, contrairement à ce que lon peut
supposer, la célèbre protogine -nom donné au granit du Mont-Blanc-
dont les caractères pétrographiques ont été définis
avec précision par L. Moret, est loin dêtre uniforme dans sa
texture et surtout loin dêtre indemne des séquelles inhérentes
à la tectogenèse de la montagne alpine. Chaque alpiniste sait que
la fameuse arrête sommitale du Grépon a des allures de cubes plus
ou moins réguliers empilés et cimentés les uns les autres.
Tous ceux qui ont escaladé le pilier ouest des Drus en connaissent la richesse
en fissures de toutes sortes et contournent dans lascension le "bloc
coincé". Ainsi, cette apparence de solidité inébranlable
quinspire la grande aiguille conique, vue den bas ou den face,
se trouve singulièrement corrigée des lors quon rentre en
contact direct avec la roche. Dune part, la texture de la protogine est
changeante : elle peut montrer de gros grains tout comme avoir laspect
dune sorte de fine poussière cimentée. De la sorte, évidemment,
la cohésion même de la roche sen ressent et occasionne une
forte variabilité de réaction face aux agents atmosphériques
et partant aux processus de lérosion. Dautre part, lors de
la mise en place de la montagne dont lachèvement nest
pas encore réalisé- les énormes contraintes subies par cette
roche rigide, résistante et globalement cohérente sont à
lorigine dune incroyable fragmentation, fracturation, diaclasation,
et fissuration. Donc, dune propension à une multitude de cassures
dampleur très dissemblables. A telle enseigne que lon observe
une panoplie de ces dislocations qui va de la large fissure Mummery au Grépon
à des micro diaclases que lon ne discerne que très près,
sinon à la loupe ! Le
résultat ne se fait pas attendre : si lescaladeur voit dans
ces fissures, dièdres, vires ou autres "boîtes à lettres"
des passages qui peuvent assez fréquemment lui rendre laccès
au sommet moins difficile, le géomorphologue, lui, y décèle
la vigueur de la tectonique, les différences de résistance du bâti
face à lérosion ; en dautres termes une fragilisation
incontestable de la montagne dans le secteur étudié. Tel est bien
le cas aux Drus : comme taillés à coup de serpe et acquérant
ainsi une certaine analogie avec un monolithe druidique, le colosse -pour nêtre
pas aux pieds dargile- est bien plus fragile quil ny paraît !
Lobservation minutieuse fait apparaître de nombreuses discontinuités
tant dans la dimension verticale que dans le sens horizontal. Cette fragmentation,
exacerbée au Nord comme au Sud du pilier est à lorigine de
lappellation imagée de "lArête des Flammes de Pierre"
et de la découpe en dentelle de larête des grands Montets qui
sert de piédestal à lAiguilla Verte. Aux
Drus comme ailleurs existe par conséquent une prédisposition géologique,
pétrographique aux phénomènes brutaux déboulement
ou deffondrement. Cela est tellement fréquent dans toute haute montagne
que lon est quasi en présence dune évidence. Mais sur
ce pilier occidental des Drus, le phénomène est dune tout
autre importance du fait de la taille du monolithe et donc de lextension
des parois verticales ou subverticales. Disons que, de ce point de vue, le pilier
occidental des Drus est à ranger au répertoire des superlatifs ! Alors,
pour peu que les paramètres météorologiques et climatiques
et leurs incidences viennent à prendre une tournure quelque peu hors des
normes, les processus morphodynamiques leur emboîtent le pas et ainsi sont
réunies les conditions créant loccurrence dun phénomène
dune vigueur inhabituelle, remarquable par son ampleur tandis que quotidiennement
mais à très petite échelle et partout des faits analogues
se produisent, passant souvent inaperçus. |