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L'EFFONDREMENT
DU PILIER OCCIDENTAL DES DRUS (18.09.1997)

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1. Les Drus, une aiguille à part dans le massif du Mont-Blanc

Les Drus que l’on associe géographiquement à l’Aiguille Verte, sont particulièrement représentatifs, dans l’amande granitoïde du Mont-Blanc, du monde des "aiguilles". A cet égard, malgré la coupure profonde crée par le débouché de la Mer de Glace dans la vallée supérieure de l’Arve, on observe facilement que le groupe Drus — Aiguille Verte est la continuation vers l’Est des "Aiguilles de Chamonix". Cela étant, chaque sous-ensemble s’individualise très radicalement, sous le double effet des variations de la géologie et de la structure et des incidences de l’érosion par divers processus. De même qu’aucun glacier ne ressemble à un autre, aucune aiguille, dent ou pointe ne saurait avoir de sosie. La très forte personnalité qui caractérise le pilier occidental des Drus révèle bien un atypisme indéniable. Car, contrairement à ce que l’on peut supposer, la célèbre protogine -nom donné au granit du Mont-Blanc- dont les caractères pétrographiques ont été définis avec précision par L. Moret, est loin d’être uniforme dans sa texture et surtout loin d’être indemne des séquelles inhérentes à la tectogenèse de la montagne alpine. Chaque alpiniste sait que la fameuse arrête sommitale du Grépon a des allures de cubes plus ou moins réguliers empilés et cimentés les uns les autres. Tous ceux qui ont escaladé le pilier ouest des Drus en connaissent la richesse en fissures de toutes sortes et contournent dans l’ascension le "bloc coincé". Ainsi, cette apparence de solidité inébranlable qu’inspire la grande aiguille conique, vue d’en bas ou d’en face, se trouve singulièrement corrigée des lors qu’on rentre en contact direct avec la roche. D’une part, la texture de la protogine est changeante : elle peut montrer de gros grains tout comme avoir l’aspect d’une sorte de fine poussière cimentée. De la sorte, évidemment, la cohésion même de la roche s’en ressent et occasionne une forte variabilité de réaction face aux agents atmosphériques et partant aux processus de l’érosion. D’autre part, lors de la mise en place de la montagne —dont l’achèvement n’est pas encore réalisé- les énormes contraintes subies par cette roche rigide, résistante et globalement cohérente sont à l’origine d’une incroyable fragmentation, fracturation, diaclasation, et fissuration. Donc, d’une propension à une multitude de cassures d’ampleur très dissemblables. A telle enseigne que l’on observe une panoplie de ces dislocations qui va de la large fissure Mummery au Grépon à des micro diaclases que l’on ne discerne que très près, sinon à la loupe !

Le résultat ne se fait pas attendre : si l’escaladeur voit dans ces fissures, dièdres, vires ou autres "boîtes à lettres" des passages qui peuvent assez fréquemment lui rendre l’accès au sommet moins difficile, le géomorphologue, lui, y décèle la vigueur de la tectonique, les différences de résistance du bâti face à l’érosion ; en d’autres termes une fragilisation incontestable de la montagne dans le secteur étudié. Tel est bien le cas aux Drus : comme taillés à coup de serpe et acquérant ainsi une certaine analogie avec un monolithe druidique, le colosse -pour n’être pas aux pieds d’argile- est bien plus fragile qu’il n’y paraît ! L’observation minutieuse fait apparaître de nombreuses discontinuités tant dans la dimension verticale que dans le sens horizontal. Cette fragmentation, exacerbée au Nord comme au Sud du pilier est à l’origine de l’appellation imagée de "l’Arête des Flammes de Pierre" et de la découpe en dentelle de l’arête des grands Montets qui sert de piédestal à l’Aiguilla Verte.

Aux Drus comme ailleurs existe par conséquent une prédisposition géologique, pétrographique aux phénomènes brutaux d’éboulement ou d’effondrement. Cela est tellement fréquent dans toute haute montagne que l’on est quasi en présence d’une évidence. Mais sur ce pilier occidental des Drus, le phénomène est d’une tout autre importance du fait de la taille du monolithe et donc de l’extension des parois verticales ou subverticales. Disons que, de ce point de vue, le pilier occidental des Drus est à ranger au répertoire des superlatifs !

Alors, pour peu que les paramètres météorologiques et climatiques et leurs incidences viennent à prendre une tournure quelque peu hors des normes, les processus morphodynamiques leur emboîtent le pas et ainsi sont réunies les conditions créant l’occurrence d’un phénomène d’une vigueur inhabituelle, remarquable par son ampleur tandis que quotidiennement mais à très petite échelle et partout des faits analogues se produisent, passant souvent inaperçus.

 
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