Par
le Professeur H. Rougier, Centre d'Etudes Alpines, Université Lyon 3.
UN CAS EXEMPLAIRE DE LA VIGUEUR
DES PROCESSUS MORPHODYNAMIQUES DANS LA HAUTE MONTAGNE ALPINE.
Dans
la nuit du 18 au 19 septembre 1997, à 1:33 puis le 28 septembre à
18:30, deux effondrements de grande ampleur, dont le second nest que la
réplique du premier, se sont produits sur le pilier occidental du Petit
Dru, dans le massif du Mont-Blanc, immédiatement à lEst de
Chamonix. En dessous de 3000 mètres daltitude, une gigantesque balafre
verticale interrompt désormais lunité que représentait
se monolithe de granite, forte image emblématique dans lhorizon haut
montagnard de la vallée de lArve. Les grimpeurs ont immédiatement
remarqué que lun des itinéraires daccès au sommet
se trouvait irrémédiablement annihilé. Dès le 20 septembre,
toujours à la recherche de titres percutants, le "Dauphiné-Libéré"
titrait en gros caractères sur la "Une" : "La voie
Bonatti amputée"
Bien
au- delà du sensationnel, de limprévu et de lémotionnel,
le géographe physicien se doit dexpliquer ce phénomène,
dont lampleur a pu surprendre, mais dont loccurrence est beaucoup
plus fréquente quon limagine. Trois
séries déléments aident à comprendre ce quil
sest passé, permettent de reconstituer la chronique de lébranlement
du grand menhir chamoniard. Il
est indispensable dans un premier temps détablir une sorte d "état
des lieux", donc de définir le contexte géologique et structural
concernant ce pilier occidental des Drus. Une fois campé le décor,
il conviendra de restituer le phénomène dans le cadre météorologique
des semaines, des jours et des heures qui lont précédé.
Enfin, il sera possible à partir des processus morphodynamiques qui règnent
à cette altitude et en ces lieux particuliers, de déterminer ce
quil sest réellement produit en cette nuit de fin dété
et, dix jours après, en fin daprès-midi. |