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UNE AIRE TOURISTIQUE INTERNATIONALE :
LE PAYS DU MONT BLANC

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3. Un patrimoine exceptionnel à sauvegarder tout en le valorisant

Depuis une vingtaine d'années, la question, dans toute son ambiguïté, a pris une importance incontestable : comment peut-on concilier patrimoine naturel et tourisme de masse dans un espace transfrontalier de réputation mondiale ?


A. Du Parc international à l'Espace Mont Blanc : heurs et malheurs de la coopération transfrontalière

C 'est au milieu des années 1980 que germe l'idée, émise par les autorités des trois pays concernés, de créer un "parc international" pour protéger la chaîne du Mont Blanc que l'on assimile, non sans raison, à un patrimoine mondial. Certains mots font peur : en montagne il s'agit de "parc". Du côté français, le Parc de la Vanoise est trop proche dans le temps et l'espace pour que les populations locales ne manifestent pas vigilance et scepticisme. Du côté italien, avec le Parc National du Grand Paradis à cheval sur la Piémont et la Vallée d'Aoste, on est passablement échaudé.

Photo : Vallée blanche, la Tour ronde et le Mont Blanc

C'est pourquoi quelques années après - nous sommes au début des années 90- va se produire une intense mobilisation des acteurs locaux pour proposer un contre-projet à l'idée de Parc International : ainsi naît une structure (encore en gestation aujourd'hui) appelée Espace Mont Blanc (E.M.B.). Le but est, au départ, simple : il s'agit d'une démarche défensive locale face à une offensive internationale destinée à protéger le massif. En réalité, le ferment de cette initiative réside dans l'interprétation restrictive de la montagne opérée par les initiateurs du Parc. Pour eux n'importe quel équipement nouveau est une atteinte à l'environnement. ils ne perçoivent pas dans le massif du Mont Blanc la nécessité d'un équilibre savant entre l'économie créatrice d'emplois et le territoire en tant que patrimoine commun. Il faut bien comprendre à ce stade que pour les trois Etats, la région du Mont Blanc se localise en périphérie des territoires nationaux alors que parallèlement le "toit de l'Europe" fait figure de véritable symbole de l'alpinisme mondial.

Face à cette tentative de mainmise extérieure sur leur territoire propre, les acteurs locaux - à la tête desquels M. Michel CHARLET, maire de Chamonix- se réunissent et se fixent comme objectif de recadrer le projet en fonction des desiderata des populations permanentes et non des souhaits des visiteurs. De cette volonté de bloquer un projet venu de l'extérieur, s'affirme une coopération transfrontalière née dès 1964 avec le Triangle de l'Amitié (dans la perspective d'échanges culturels et sportifs).

En 1991, la "conférence transfrontalière du Mont Blanc" qui regroupe cinq membres (acteurs locaux) par pays à Champéry (Val d'Illiez, Suisse) décide entre autres de la création à Chedde (commune de Passy, Haute-savoie) d'un secrétariat de l'"Espace Nature Mont Blanc". Mais cette même conférence constate que, du côté français ni la Région Rhône-Alpes, ni les conseils généraux ne s'intéressent à l'E.M.B…. Très vite, il faut donc déchanter et faire l'amère constatation qu'il n'existe pas de pensée commune face au Mont Blanc : la commune de Saint-Gervais quitte l'E.M.B. alors que Les Gets et Val d'Illiez y sont particulièrement actifs !

Photo : Vallée de Chamonix en hiver

Le malheur, pour l'E.M.B., est de buter sur la difficulté de définir ses propres objectifs car sa création est primordialement une réaction. En 1994, il a été choisi de cibler des actions ponctuelles à cheval sur les trois axes frontières : montagne de Balme (France / Suisse), deux versants du Col Ferret (Suisse / Italie), cols du Bonhomme et de la Seigne (Italie / France). Quatre thèmes d'actions ont été définis : agriculture de montagne, sauvegarde des milieux sensibles, tourisme extensif doux, question des transports. Mais tout reste très localisé, traité au niveau national : l'E.M.B. semble ne favoriser que des liens de proximité au vu d'exemples trop ponctuels.

Le problème majeur qui se pose à lui réside dans la définition de son territoire : dix ans après sa naissance, l'E.M.B. possède encore un périmètre provisoire. On a d'abord envisagé des limites analogues à celles qu'aurait eu le Parc international, c'est-à-dire en gros le volume orographique du cœur du massif, soit 78 000 hectares. Puis on a pensé à un "grand périmètre" incluant le Grand Combier et le Grand Paradis, aboutissant alors à… 305 000 hectares. On a enfin imaginé une extension de ce périmètre jusqu'aux grandes agglomérations, entre autres Genève !

Actuellement, l'E.M.B. regroupe 31 communes et couvre 183 000 hectares (cf. carte n° 2) mais il n'y a aucune continuité territoriale. Ainsi la fragilité de la définition du périmètre répond en écho à l'absence de structure juridique clairement définie et le bilan de l'E.M.B. dix ans après sa création, comporte à son seul actif d'avoir bloqué le projet du Parc international. Entre utopie et réalité, l'E.M.B. est, en ce début du troisième millénaire, une sorte de coquille vide. Alors que l'acuité de certains problèmes exigerait des solutions urgentes…

 
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